Réinventer la citoyenneté du 21ème siècle avec le web

La sénatrice (PS) de Paris Marie-Noelle Lienemann, Cheikh Ball et Baki, blogueurs du site sénégalais Africtivistes

Alors que les réseaux sociaux jouent un rôle de plus en plus important dans la circulation des informations, une conférence consacrée à la construction de plateformes d’expression citoyenne s’est déroulée, vendredi 09 décembre, dans le cadre du 4ème sommet mondial de l’OGP (Open Government Partnership), à Paris.

La protection des données personnelles s’est également invitée dans la discussion animée par Baki et Cheikh Fall, journalistes et blogueurs du site sénégalais Africtivistes.org. « Une contraction de « Afrique » et « activistes », résume d’abord ce dernier devant son auditoire, avant d’insister sur les caractéristiques de la plateforme : « Il s’agit d’un concept regroupant des acteurs qui font partie de l’écosystème numérique et digital en Afrique». Autrement dit, Africtivistes est administré par des blogueurs partageant des informations non dévoilées par les médias traditionnels contrôlés par le pouvoir en place.

S’inspirer du Printemps arabe

Il faut dire que le continent noir souffre d’une triste réputation d’instabilité sur le plan politique. La gouvernance ininterrompue de la plupart des pays africains, par une élite jugée corrompue, a fini par éveiller une certaine conscience civique. Devant les protestations vaines de l’opposition, Internet s’est imposé comme un nouveau moyen d’expression. « On a une citoyenneté complexe sur Internet (…) sauf qu’on a l’impression qu’elle n’est pas considérée comme une citoyenneté à part entière pour les autorités et l’opinion publique, déplore Baki. Nous voulons nous interroger sur le type de citoyenneté qu’on veut avoir au 21ème siècle avec Internet. »

Aux yeux des cyberactivistes, les partages d’articles, de photos et de vidéos sur les réseaux sociaux jouent un rôle prépondérant dans l’évolution de l’opinion des populations sur leurs sociétés respectives. « Des mouvements de jeunes, qui s’organisent autour d’un groupe ou une page Facebook ou d’un hashtag Twitter, ont réussi à faire changer la donne dans certains pays africains, notamment le Mali, le Kenya ou encore le Burundi, constate Cheikh Ball. Nous sommes dans une époque où la prise de parole est devenue effective. On ne la demande plus, on la prend », citant comme exemple le Printemps Arabe, période d’insurrection des populations du Maghreb, des mouvements socio-politiques en Tunisie à la révolution libyenne en 2011.

Sécuriser les données individuelles

Reste la question de la protection des données personnelles. Un attribut indispensable pour assurer la véracité des informations recueillies par les journalistes et les blogueurs. « Nous sommes dépossédés petit à petit de ces éléments qui constituent notre identité, s’inquiète Marie-Noelle Lienemann, sénatrice (PS) de Paris, invitée politique de la conférence. Nous avons pas mal de risques de voir de nouveaux pouvoirs s’installer dans nos sociétés. La capacité d’agir va être limitée. » Pour rappel, la sécurité des données individuelles est inscrite dans la loi « Informatique et Libertés ». La législation appliquée par la CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés) réglemente les conséquences potentiellement antisociales de l’activité informatique.

Si elle garantit aux citoyens la préservation de leurs vies privées et aux médias la qualité du traitement de l’information, le principe du secret n’est pas appliqué en Afrique. Malgré l’étendue des champs d’action des cyber activistes dans tout le continent, ses partisans restent sous la menace permanente d’une censure politique. Plus que jamais, le web est considéré comme l’outil principal d’un sursaut citoyen dans les pays du Tiers-Monde.

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